Activité des sénateurs

Qui est une menace à l’ordre public ?

Par / 13 avril 2023

C’est avec un certain étonnement mué rapidement en affligement que nous avons découvert l’inscription à l’ordre du jour du Sénat de cette proposition de résolution. Notre pays connaît une crise sociale et démocratique d’une ampleur rare. Et cette crise, vous le savez, n’aurait pas eu lieu si un projet de loi prolongeant l’âge de départ à la retraite n’avait pas été présenté par le gouvernement.

Sans concertation, contre l’avis unanime des syndicats, contre une large majorité qui n’a jamais fléchi de l’opinion publique, sans entendre les mobilisations considérables pacifiques durant de longues semaines, E. Macron tente d’imposer par la contrainte institutionnelle ce texte qui, pour ceux qui vont le subir, représente une violence considérable.

L’obstination du Président de la République et de son gouvernement a durci le débat, a fait monter les tensions.
Mesdames et Messieurs de la majorité sénatoriale, nous vous appelons aux sérieux et au respect.
Nul à gauche de l’hémicycle ne souhaite la violence. Chacun connaît la difficulté du métier de policier, de ces policiers détenteurs de missions de service public qui doivent faire face à des situations créées par des choix politiques dont ils ne sont aucunement responsables.

Vous le savez, c’est au soir du 49-3 que le climat a changé. La tension a atteint un sommet, la colère a explosé. C’est un fait, vous ne pouvez le nier. Des feux ont été allumés, des projectiles lancés, des membres des forces de l’ordre blessés et nous le regrettons, bien entendu, et nous avons toujours condamné l’action des groupes violents qui caricaturent et pourrissent le mouvement social.

Mais comment pouvez-vous fermer les yeux face à l’arrestation massive de centaines de jeunes nassés, gardés à vue, dans des conditions juridiques contestables et contestées ? Combien de manifestants blessés, parfois gravement ?

Est-il décent de déposer un tel texte alors que certains, dans un autre cadre à Sainte-Soline, ont été gravement blessés, qu’un homme est toujours dans le coma ?

Alors que l’apaisement, le retour au dialogue, le retrait de ce texte qui a provoqué le chaos, offrant à certains le terrain de leur excès, devrait être la priorité absolue, vous adoptez avec la mise en débat de cette proposition de résolution outrancière une posture dangereuse pour notre démocratie, une posture d’amalgame, de menaces voilées, de mise en cause de vos adversaires politiques sur un terrain inquiétant, celui de l’affrontement.

Il n’y a pas le camp du bien et du mal, celui de l’ordre et du désordre. Vous ne représentez pas le camp du bien et de l’ordre en ayant contribuer largement à enfoncer notre pays dans la crise par votre vote du projet de loi.
Votre texte est un prétexte à une attaque grave contre les partis de la gauche qui soutiennent le mouvement social. Qui visez-vous quand vous considérez que la violence est « légitimée et encouragée par des élus qui tiennent des discours ambivalents » ? Quand vous évoquez « la bienveillance de certains responsables politiques à l’égard de ses auteurs ». Sommes-nous, nous-mêmes, une menace à l’ordre public ?

Quand nous alertons, avec de nombreuses associations, dont la LDH, aujourd’hui menacée par le Ministre de l’Intérieur, sur des violences policières évidentes, étayées, constatées en France comme à l’étranger, jusqu’à la Maison Blanche ?

La République, Mesdames et Messieurs de la droite sénatoriale et de la majorité sénatoriale, ne se résume pas à l’ordre qui, c’est le moins qu’on puisse dire, n’a pas été son creuset.

La République, c’est la démocratie et la justice sociale.

Démocratie et justice sociale, c’est le projet que nous portons aujourd’hui face à vous, que nous opposons à votre proposition de résolution profondément archaïque et réactionnaire, raison pour laquelle nous ne prendrons pas part au vote.

Les dernieres interventions

Administration